Messagerie, visioconférence
Dans une organisation, l'essentiel des échanges de travail passe par la messagerie et la visioconférence : décisions, négociations, suivi des dossiers.
Ces deux mots recouvrent plusieurs outils, utilisés chaque jour :
- Courriel
- Messagerie instantanée
- Visioconférence
- Webinaires et classes virtuelles
- Espaces d'équipe (canaux, fils)
Le courriel reste la base : il sert d'identité professionnelle, de canal officiel avec l'extérieur, et de trace écrite en cas de litige. La messagerie instantanée le remplace pour les échanges rapides entre collègues. La visioconférence s'est généralisée depuis 2020 : entretiens, comités, formations et rendez-vous clients se tiennent couramment à distance.
Ces outils ne font pas que transmettre des messages : ils s'appuient sur des serveurs qui stockent les conversations, les documents partagés, les annuaires et l'historique complet des échanges d'une organisation. Chaque message, chaque réunion produit aussi des métadonnées — qui parle à qui, quand, à quelle fréquence — qui suffisent à décrire le fonctionnement interne d'une structure.
C'est la différence avec le téléphone d'hier : tout est enregistré, centralisé et exploitable, chez l'opérateur du service. Et parce que ces outils sont le plus souvent vendus en suites intégrées — messagerie, agenda, documents et visioconférence dans un même abonnement —, le choix d'une messagerie n'engage presque jamais qu'elle seule : c'est tout l'environnement de travail qui bascule chez un même fournisseur.
Choisir ses outils de communication, c'est choisir où seront stockées les conversations de l'organisation, sous quel droit, et qui pourra y accéder. C'est ce qui fait de la messagerie et de la visioconférence un sujet de souveraineté à part entière.
Le courriel des Européens est stocké sur les serveurs d'un duopole américain.
Microsoft Exchange Online (Outlook) et Google Gmail équipent la grande majorité des entreprises et des particuliers, vendus au sein des suites Microsoft 365 et Google Workspace qui lient la boîte mail à l'agenda, aux documents et au stockage — ce qui rend la sortie d'autant plus difficile. Contenus, carnets d'adresses, pièces jointes et historiques sont stockés et traités sous droit américain.
Le courriel repose sur des protocoles ouverts — SMTP, IMAP — qui garantissent l'interopérabilité : changer de fournisseur ne coupe de personne. C'est le segment où reprendre la main est techniquement le plus simple.
Pays : États-Unis (Microsoft)
Création : Exchange en 1996, version cloud dans Microsoft 365
Type : Courriel, agenda, contacts d'entreprise
Modèle : Propriétaire, SaaS (lié à la suite Microsoft 365)
Chiffrement : En transit et au repos — Microsoft détient les clés
Position : Messagerie d'entreprise la plus déployée au monde, soumise au droit américain
Pays : États-Unis (Google)
Création : 2004
Type : Courriel grand public et professionnel (Google Workspace)
Modèle : Propriétaire, SaaS, financé par les services et la publicité
Chiffrement : En transit (TLS) — pas de bout en bout, Google détient les clés
Position : Première messagerie mondiale par le nombre d'utilisateurs
Un utilisateur WhatsApp ne peut écrire qu'à un utilisateur WhatsApp — et presque toute l'Europe est utilisatrice.
WhatsApp (groupe Meta) domine le marché européen de l'instantané, jusque dans les usages professionnels informels, devant Messenger, Telegram et l'américain chiffré Signal. Chaque service fonctionne en silo fermé : tout passe par les serveurs d'un seul acteur, sans interopérabilité — c'est l'effet de réseau qui verrouille le marché, puisqu'on utilise la messagerie où sont déjà ses contacts. Le règlement sur les marchés numériques (DMA) impose désormais aux plus grandes messageries de s'ouvrir ; l'obligation est récente et ses effets restent à venir.
Sur l'instantané, la technologie souveraine est prête et certifiée ; l'obstacle est le carnet d'adresses. Les bascules réussies — Tchap, la Bundeswehr — sont celles où une organisation décide pour tout son collectif.
Pays : États-Unis (Meta depuis 2014)
Création : 2009
Type : Messagerie instantanée, appels audio et vidéo
Modèle : Propriétaire, silo fermé, gratuit
Chiffrement : Bout en bout (protocole Signal) — métadonnées collectées par Meta
Position : Messagerie instantanée dominante en Europe, y compris en usage professionnel informel
Pays : États-Unis (Meta)
Création : 2011 (issu du chat Facebook)
Type : Messagerie instantanée liée au réseau social Facebook
Modèle : Propriétaire, silo fermé, financé par la publicité
Chiffrement : Bout en bout par défaut depuis fin 2023
Position : Deuxième messagerie de Meta, très utilisée pour les échanges personnels
Pays : Siège à Dubaï (fondateurs d'origine russe)
Création : 2013
Type : Messagerie instantanée, canaux de diffusion de masse
Modèle : Clients open source, serveurs propriétaires
Chiffrement : Pas de bout en bout par défaut — serveurs lisibles, sauf « échanges secrets »
Position : Très utilisé pour les canaux publics ; souvent perçu à tort comme chiffré de bout en bout
Pays : États-Unis (fondation à but non lucratif)
Création : 2014
Type : Messagerie instantanée, appels audio et vidéo
Modèle : Libre, financé par les dons — pas de publicité
Chiffrement : Bout en bout par défaut ; son protocole est la référence du secteur
Position : Référence de la confidentialité, recommandée par de nombreuses institutions — serveurs centralisés aux États-Unis
Depuis 2020, la réunion est passée en ligne — sur des serveurs qui ne sont presque jamais européens.
Installées dans l'urgence de la crise sanitaire et rarement remises à plat depuis, Microsoft Teams, Zoom et Google Meet concentrent l'essentiel des réunions européennes : entretiens, comités, formations, rendez-vous clients. Or dès qu'une réunion dépasse deux participants, un serveur central redistribue les flux de chacun : il voit passer l'intégralité des échanges, des partages d'écran et des enregistrements — et sa localisation détermine le droit qui s'applique. Le chiffrement de bout en bout, techniquement difficile en multipoint, y reste l'exception.
En visioconférence, la question n'est pas la qualité de l'image mais l'emplacement du serveur qui mixe la réunion. Le choisir en Europe — ou chez soi — c'est choisir le droit qui s'applique à tout ce qui s'y dit.
Pays : États-Unis
Création : 2011
Type : Visioconférence, webinaires
Modèle : Propriétaire, SaaS
Chiffrement : En transit par défaut ; bout en bout en option, avec fonctions réduites
Position : Généralisé pendant le Covid, devenu le nom commun de la visioconférence
Pays : États-Unis (Microsoft)
Création : 2017
Type : Visioconférence, messagerie d'équipe, collaboration
Modèle : Propriétaire, lié à Microsoft 365 — vente liée visée par une procédure de la Commission européenne
Chiffrement : En transit et au repos ; bout en bout en option sur les appels à deux
Position : Standard de fait en entreprise, porté par la diffusion de Microsoft 365
Pays : États-Unis (Google)
Création : 2017 (successeur de Hangouts)
Type : Visioconférence dans le navigateur
Modèle : Propriétaire, lié à Google Workspace et au compte Google
Chiffrement : En transit ; chiffrement côté client réservé à certaines offres entreprise
Position : Très répandu via Gmail, Android et l'éducation
Pays : États-Unis (Cisco depuis 2007)
Création : 1995
Type : Visioconférence et téléphonie d'entreprise
Modèle : Propriétaire, SaaS et équipements de salle
Chiffrement : En transit ; bout en bout en option
Position : Historique du secteur, présent dans les grandes entreprises et les salles équipées
Par une plateforme en silo
Teams, Gmail, WhatsApp, Zoom…
opérateur
ou droit américain
Par une solution souveraine
Tchap, Olvid, Tixeo, serveur Matrix ou Jitsi auto-hébergé…
maîtrisé
ou chez soi
Le cadenas HTTPS protège le trajet, pas le serveur : seul le chiffrement de bout en bout empêche l'opérateur de lire les échanges. Restent alors les métadonnées — d'où l'importance de l'emplacement et de la maîtrise du serveur.
Nos conversations professionnelles transitent massivement par des plateformes non européennes.
Courriels, messages instantanés, réunions en ligne : la communication quotidienne des entreprises et des administrations européennes repose très largement sur une poignée de suites américaines — Microsoft Teams et Outlook, Google Meet et Gmail, Zoom, Slack, WhatsApp. Ces outils concentrent des informations d'une sensibilité considérable :
- Contenu des échanges
- Documents partagés
- Annuaires et organigrammes
- Métadonnées (qui parle à qui, quand)
- Enregistrements et transcriptions
Le premier enjeu est juridique : soumis aux lois extraterritoriales américaines comme le CLOUD Act ou FISA 702, ces fournisseurs peuvent être contraints de remettre des données aux autorités des États-Unis, même hébergées en Europe. Pour un cabinet d'avocats, un service de R&D ou une administration, la confidentialité des échanges devient une question de conformité autant que de protection du secret des affaires.
Le deuxième enjeu est technique : le chiffrement de bout en bout n'est pas généralisé sur ces plateformes, et lorsqu'il existe, les clés ou les métadonnées restent souvent à la main du fournisseur. S'y ajoute la question de la continuité de service : une organisation dont toute la communication dépend d'un acteur unique s'expose à ses pannes, à ses changements tarifaires et à d'éventuelles restrictions décidées ailleurs.
Le troisième enjeu est industriel : des alternatives européennes et libres existent — Tchap et le protocole Matrix, Jitsi, BigBlueButton, les messageries chiffrées comme Olvid ou Proton — mais elles se heurtent à l'effet de réseau des géants installés. L'obligation d'interopérabilité des grandes messageries introduite par le règlement sur les marchés numériques (DMA) commence tout juste à fissurer ces murs.
La messagerie et la visioconférence ne sont pas de simples commodités : ce sont les canaux où circulent les secrets d'une organisation. En perdre la maîtrise, c'est accepter que la confidentialité de ses échanges dépende du droit et des choix d'un pays tiers.
Les réponses européenne, française et par les logiciels libres
Protocole ouvert Matrix et la messagerie Tchap de l'État français, visioconférence libre avec Jitsi et BigBlueButton, courriels chiffrés chez Proton ou Tuta, interopérabilité des messageries imposée aux géants par le DMA : face aux plateformes américaines qui captent nos conversations, l'Europe fait émerger des alternatives chiffrées et souveraines. Retrouvez dans la page dédiée les initiatives qui dessinent la souveraineté des communications.
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