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L'Europe dispose de compétences industrielles et scientifiques importantes, mais reste fortement dépendante des importations pour de nombreux matériaux.
Le Critical Raw Materials Act fixe plusieurs objectifs à atteindre en 2030 :
- Extraire dans l'Union au moins 10 % de sa consommation annuelle
- Transformer dans l'Union au moins 40 %
- Couvrir au moins 25 % des besoins par le recyclage
- Ne pas dépendre d'un seul pays tiers pour plus de 65 % de la consommation d'un matériau stratégique
L'Europe cherche donc à ouvrir ou relancer des mines, développer des capacités de raffinage, constituer des partenariats internationaux, créer des stocks stratégiques et améliorer le recyclage.
Critical Raw Materials Act→Première concrétisation du CRMA : la Commission a labellisé 60 projets stratégiques — 47 dans l'Union, 13 dans des pays partenaires — pour bâtir mines, raffineries et usines de recyclage.
47 projets dans l'Union
Le 25 mars 2025, un an après l'entrée en vigueur du règlement, la Commission a dévoilé 47 projets stratégiques répartis dans 13 États membres — dont la France, la Suède, la Finlande, l'Espagne, l'Allemagne et la Tchéquie. Ils couvrent 14 des 17 matières premières stratégiques du règlement, pour un investissement total estimé à 22,5 milliards d'euros :
- 25 projets d'extraction
- 24 de transformation
- 10 de recyclage
- 2 de substitution
Le label change la donne sur le terrain : les autorisations doivent être délivrées en 27 mois maximum pour l'extraction et 15 mois pour la transformation, le recyclage et la substitution — contre cinq à dix ans aujourd'hui —, avec un soutien coordonné de la Commission, des États membres et des institutions financières pour faciliter l'accès aux financements.
La France est bien servie : deux projets d'extraction de lithium (mine en Auvergne, lithium géothermal en Alsace) et jusqu'à sept usines de raffinage ou de recyclage, dont Lacq (recyclage de terres rares pour produire des aimants) et Sandouville, près de Rouen (nickel, cobalt, manganèse).
13 projets hors de l'Union
Le 12 juin 2025, une première liste de 13 projets stratégiques dans des pays tiers est venue compléter le dispositif — Canada, Groenland, Kazakhstan, Norvège, Serbie, Ukraine, Zambie, Brésil, Madagascar, Malawi, Nouvelle-Calédonie, Afrique du Sud et Royaume-Uni —, pour un investissement estimé à 5,5 milliards d'euros. Dix portent sur les matériaux des batteries (lithium, nickel, cobalt, manganèse, graphite) et deux sur l'extraction de terres rares, qui, combinés aux trois projets européens de transformation des terres rares, renforcent la sécurité d'approvisionnement de l'Union.
Face au durcissement des restrictions chinoises à l'export, la Commission a adopté le 3 décembre 2025 le plan d'action RESourceEU : l'Europe passe d'une gestion réactive à une gestion proactive du risque matières premières.
Le plan s'appuie sur le CRMA et le modifie. Il couvre toutes les matières critiques, avec une priorité immédiate : les aimants permanents à terres rares, les matériaux des batteries et les matériaux de la défense.
Une tour de contrôle : le Centre européen des matières premières critiques
Créé en 2026 sur le modèle du JOGMEC japonais, ce centre pilotera la chaîne de valeur pour le compte des Vingt-Sept :
- Intelligence de marché
- Achats conjoints
- Stocks stratégiques
- Coordination des investissements
Financer et accélérer
La Commission mobilise 3 milliards d'euros en douze mois (InvestEU, Fonds pour l'innovation, BEI, « Battery Booster »), complétés par 593 millions d'euros du programme Horizon pour la circularité, et simplifie les procédures d'autorisation des projets d'extraction, de raffinage et de recyclage. L'amendement du CRMA muscle aussi le volet entreprises : la Commission pourra identifier les grandes entreprises consommatrices de matières critiques, évaluer leurs vulnérabilités et leur imposer des mesures de réduction des risques, jusqu'à des limites de dépendance à un fournisseur unique.
Garder la matière en Europe
Moins de 1 % des terres rares sont recyclées en Europe. La Commission propose donc, au premier semestre 2026, d'interdire l'exportation des déchets d'aimants permanents hors de l'Union et de taxer l'export des déchets d'aluminium — pour que la matière récupérée alimente la filière européenne du recyclage plutôt que les fonderies asiatiques.
Jouer collectif à l'extérieur
Le volet diplomatique complète l'édifice : un club des matières premières critiques ouvert aux pays partageant les mêmes valeurs, le renforcement de l'OMC, l'extension des accords de libre-échange et de facilitation des investissements, et une application plus ferme des règles contre les pratiques commerciales déloyales.
Le 5 mai 2026, à Lacq, le gouvernement a présenté un plan national de résilience « terres rares et aimants permanents ». L'objectif : reconstruire en France une filière que l'Europe avait laissé partir vers la Chine.
Les objectifs fixés pour 2030 :
- 10 % de la demande mondiale de terres rares lourdes
- 25 % des besoins européens en terres rares légères
- environ 10 % des alliages dont l'industrie européenne a besoin
- une production d'aimants recyclés
Les projets, situés à Lacq, La Rochelle et Grenoble, représentent près de 600 millions d'euros d'investissements, dont 180 millions apportés par l'État. À terme, ils doivent fournir de quoi couvrir la moitié des besoins européens en aimants néodyme-fer-bore, les aimants qu'on trouve dans les moteurs électriques, les éoliennes et beaucoup d'appareils électroniques.
Lacq, la « vallée des aimants »
Le projet principal est l'usine Caremag, construite par l'entreprise lyonnaise Carester et dont la mise en service est prévue fin 2026. À pleine capacité, elle recyclera 2 000 tonnes d'aimants usagés par an et raffinera 5 000 tonnes de concentrés miniers. Elle produira environ 600 tonnes par an d'oxydes de dysprosium et de terbium, les deux terres rares lourdes indispensables aux aimants les plus performants, soit près de 15 % de la production mondiale, ainsi que 800 tonnes de néodyme et de praséodyme.
Le financement de départ s'élève à 216 millions d'euros : 106 millions de l'État (subventions, avances remboursables et crédit d'impôt industrie verte) et 110 millions de partenaires japonais, la JOGMEC et Iwatani, en échange d'un accord d'achat à long terme. En 2026, le fonds InfraVia et l'américain USA Rare Earth sont entrés au capital de Carester.
À côté de Caremag, Less Common Metals, filiale britannique de USA Rare Earth, doit construire une usine qui transformera les oxydes en métaux et en alliages. Jusqu'ici, cette étape obligeait à envoyer les oxydes en Asie avant de les faire revenir en Europe.
La Rochelle et Grenoble, les deux autres sites
À La Rochelle, Solvay agrandit et modernise son usine de séparation des terres rares. Du temps de Rhône-Poulenc, dans les années 1980, c'était l'une des premières au monde. L'objectif est d'y produire environ 3 000 tonnes par an d'oxydes de néodyme et de praséodyme, ainsi que de plus petites quantités de samarium, d'yttrium et de gadolinium.
À Grenoble, MagREEsource, une entreprise issue du CNRS, fabrique des aimants à partir d'aimants usagés ; sa ligne pilote a été inaugurée en juin 2024.
En 2030, les usines de Lacq et de La Rochelle devraient produire ensemble environ 3 800 tonnes d'oxydes de terres rares légères et 800 tonnes de terres rares lourdes par an.
Les outils de l'État
Le plan s'appuie sur quatre leviers :
— le crédit d'impôt industrie verte (C3IV) est prolongé jusqu'à fin 2028 pour les projets de raffinage de terres rares, quel que soit le secteur client, y compris l'automobile ;
— l'appel à projets « Métaux critiques » de France 2030 est prolongé pour soutenir une dizaine de projets supplémentaires d'ici 2027 ;
— la garantie des projets stratégiques est assouplie pour les projets d'extraction ;
— le fonds « métaux critiques » géré par InfraVia avec le soutien de l'État, doté de 500 millions d'euros, a déjà investi dans Core Lithium en Australie et dans Carester.
Au-delà des terres rares
Les aimants ne sont qu'une partie du sujet. Sur les 47 projets stratégiques retenus par l'Union européenne en mars 2025 au titre du règlement sur les matières premières critiques, neuf sont en France, plus que dans tout autre pays. On y trouve notamment le lithium d'Échassières dans l'Allier (Imerys), le lithium géothermique d'Alsace (Eramet) et des projets de matériaux pour batteries et de recyclage. Un délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques coordonne l'ensemble.