Terminaux, objets connectés
Vous avez acheté un appareil : êtes-vous libre pour son utilisation ?
Le constat vaut pour tous les terminaux. Sur mobile, Android (Google) et iOS (Apple) se partagent la quasi-totalité du marché. Sur les PC et portables, Windows (Microsoft) et macOS (Apple) dominent tout autant. Et les objets connectés — montres, enceintes, caméras, téléviseurs — obéissent au cloud de leur fabricant. Aucun de ces acteurs n'est européen.
Les décisions structurantes se prennent donc ailleurs :
- Applications autorisées ou refusées
- Durée des mises à jour
- Services préinstallés
- Comptes obligatoires
- Conditions d'utilisation
Quand l'éditeur cesse le support, l'appareil devient vulnérable puis obsolète, quel que soit l'état du matériel : la fin de Windows 10 a ainsi condamné des millions de PC pourtant fonctionnels. Pire pour un objet connecté : si le serveur du fabricant ferme, l'objet cesse simplement de fonctionner.
Le terminal est le point de collecte originel : toutes les données numériques passent d'abord par un écran ou un capteur.
Le téléphone capte position, contacts, messages et photos ; le PC portable concentre documents de travail, mots de passe et navigation ; la montre mesure le sommeil et le rythme cardiaque ; l'enceinte écoute ; la caméra regarde ; le compteur relève. Tout cela en continu, avant que câbles et centres de données ne prennent le relais. Celui qui maîtrise le terminal se sert avant tout le monde.
La dépendance est en réalité triple, et identique du smartphone à l'objet connecté : le matériel est conçu aux États-Unis et assemblé en Asie, le système qui l'anime est américain, et les services liés (boutique d'applications, sauvegarde, synchronisation, cloud du fabricant) le sont aussi.
Des alternatives existent pourtant, des systèmes dégooglisés basés sur Linux en passant par les constructeurs européens...
Sur cette couche la plus proche de nous, la dépendance est la plus complète : matériel asiatique, systèmes américains, clouds imposés.
Un même schéma se répète d'une famille à l'autre : la conception se fait aux États-Unis, en Chine, en Corée ou à Taïwan, la fabrication presque exclusivement en Asie, et le logiciel qui anime l'ensemble — Android, iOS, Windows, les assistants vocaux — est américain. L'Europe, qui a compté avec Nokia, n'occupe plus que des positions de niche.
Mais c'est aussi la couche où chacun a le plus de prise : choisir un appareil réparable, un système libre, un fabricant européen, ou simplement garder son matériel plus longtemps sont des décisions à portée de main. Qui fabrique, qui décide, quelles alternatives : c'est le fil de ce dossier.
Six constructeurs se partagent l'essentiel du marché mondial de l'ordinateur. Aucun n'est européen.
Le paysage se décompose en trois pôles : les Américains (HP, Dell, Apple) qui conçoivent mais ne fabriquent plus, le Chinois Lenovo devenu n°1 mondial en rachetant les PC d'IBM, et les Taïwanais (Asus, Acer) héritiers de l'industrie électronique de l'île.
Côté fabrication, la production est concentrée en Asie, principalement en Chine, avec quelques sites au Mexique, au Vietnam ou en Thaïlande pour diversifier les risques. Les rares usines européennes — Lenovo en Hongrie, Dell en Irlande — restent l'exception.
Quel que soit le logo, un ordinateur est conçu en Amérique ou en Asie, fabriqué en Asie, et animé par un système d'exploitation américain.
Car à la dépendance matérielle s'ajoute la dépendance logicielle : tous ces constructeurs, à l'exception d'Apple avec macOS, livrent leurs machines sous Windows. Le choix du matériel et celui du système sont deux décisions distinctes — mais le second est rarement posé.
C'est là que se niche la marge de manœuvre : un même ordinateur peut fonctionner sous Linux, et des acteurs européens comme l'Allemand TUXEDO en font leur modèle, en livrant des machines assemblées en Europe avec un système libre préinstallé. La souveraineté du poste de travail commence par cette question simple : qui décide de ce qui tourne sur la machine ?
- Pays
- États-Unis
- Création
- 1976
- Activité
- Conception (assemblage sous-traité)
- Système
- macOS (seul non-Windows du marché)
- Puces
- Apple Silicon, gravées par TSMC 🇹🇼
- Fabrication
- 🇨🇳 🇻🇳 Foxconn et sous-traitants
- Pays
- États-Unis
- Création
- 1984
- Activité
- Conception (assemblage sous-traité)
- Gammes
- Latitude · XPS · Alienware
- Marchés
- Entreprise · Administrations · Grand public
- Fabrication
- 🇨🇳 🇻🇳 🇲🇽 🇮🇪 sous-traitance et sites propres
- Pays
- États-Unis
- Création
- 1939
- Activité
- Conception (assemblage sous-traité)
- Gammes
- EliteBook · ProBook · Omen
- Marchés
- Entreprise · Grand public · Impression
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇭 🇲🇽 sous-traitance
- Pays
- Chine
- Création
- 1984 (rachat des PC IBM en 2005)
- Activité
- Conception + fabrication
- Gammes
- ThinkPad · Yoga · Legion
- Marchés
- N°1 mondial du PC
- Fabrication
- 🇨🇳 🇲🇽 🇭🇺 usines propres
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1976
- Activité
- Conception (assemblage sous-traité)
- Gammes
- Aspire · Swift · Predator
- Marchés
- Grand public · Éducation · Gaming
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇼 sous-traitance
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1989
- Activité
- Conception + fabrication
- Gammes
- Zenbook · ROG · cartes mères
- Marchés
- Grand public · Gaming · Composants
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇼 usines propres et sous-traitance
- Pays
- Chine
- Création
- 1987 (PC depuis 2016)
- Activité
- Conception + fabrication
- Système
- Windows · HarmonyOS (sous sanctions US)
- Marchés
- Grand public · Chine et émergents
- Fabrication
- 🇨🇳 usines propres
- Pays
- Allemagne (Augsbourg)
- Création
- 2004
- Activité
- Conception et assemblage de PC sous Linux
- Système
- Linux préinstallé (TUXEDO OS)
- Marchés
- Développeurs · Entreprises · Libristes
- Fabrication
- Assemblage 🇩🇪 sur base de châssis asiatiques
Le logo sur le capot désigne celui qui a conçu la machine, rarement celui qui l'a fabriquée.
Environ huit ordinateurs vendus sur dix sont aujourd'hui des portables. Or ce marché a une particularité : les grandes marques n'assemblent presque plus rien elles-mêmes. Elles conçoivent, commercialisent et assurent le support, mais confient la fabrication à des sous-traitants spécialisés, les ODM.
Quatre entreprises taïwanaises — Compal, Inventec, Quanta, Wistron — produisent ainsi l'écrasante majorité des portables mondiaux, dans des méga-usines situées principalement en Chine. Un MacBook, un ThinkPad et un EliteBook peuvent sortir des mêmes chaînes, à quelques bâtiments près.
La diversité des marques masque une extrême concentration industrielle : quelques usines, une île, un détroit.
Cette concentration à Taïwan et en Chine fait du portable un objet géopolitiquement exposé : une tension dans le détroit de Formose, un confinement ou une restriction commerciale suffit à perturber l'approvisionnement mondial — les pénuries de 2020-2021 l'ont montré. Les ODM ouvrent d'ailleurs des sites au Vietnam, en Inde, au Mexique ou en République tchèque pour réduire ce risque.
Face à ce paysage, les marges de manœuvre existent à petite échelle : des acteurs comme Framework misent sur la réparabilité et la durée de vie plutôt que sur le remplacement, et des assembleurs européens livrent des machines sous Linux. Allonger la vie d'un portable reste, ici encore, le geste de souveraineté le plus accessible.
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1984
- Rôle
- N°2 mondial de la fabrication de portables
- Clients
- Dell, Lenovo, HP, Acer…
- Fabrication
- 🇨🇳 🇻🇳 🇹🇼
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1975
- Rôle
- Portables professionnels et serveurs
- Clients
- HP notamment, serveurs pour hyperscalers
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇼 🇨🇿
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1988
- Rôle
- Premier fabricant mondial de portables en volume
- Clients
- Apple, HP, Dell, Lenovo…
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇼 🇹🇭 méga-usines
- Pays
- Taïwan (issu d'Acer)
- Création
- 2001
- Rôle
- Fabrication de portables, serveurs et cartes
- Clients
- Grandes marques mondiales, serveurs IA
- Fabrication
- 🇨🇳 🇮🇳 🇲🇽
- Pays
- États-Unis
- Création
- 2019
- Activité
- Conception de portables modulaires réparables
- Particularité
- Pièce remplaçable par l'utilisateur, Linux supporté
- Marchés
- Réparabilité · Libristes · Entreprises
- Fabrication
- 🇹🇼 sous-traitance
- Pays
- États-Unis
- Création
- 2012 (gamme Surface)
- Activité
- Conception (et éditeur de Windows)
- Gammes
- Surface Laptop · Surface Pro
- Marchés
- Haut de gamme · Vitrine de Windows et Copilot
- Fabrication
- 🇨🇳 🇻🇳 sous-traitance
- Pays
- Taïwan
- Création
- 1986
- Activité
- Conception + fabrication
- Gammes
- Portables gaming et création · cartes mères
- Marchés
- Gaming · Stations de travail mobiles
- Fabrication
- 🇨🇳 🇹🇼 usines propres
- Pays
- Corée du Sud
- Création
- 1969
- Activité
- Conception + fabrication intégrée
- Gammes
- Galaxy Book
- Marchés
- Grand public, continuité avec les Galaxy
- Fabrication
- 🇰🇷 🇻🇳 usines propres
Trois pays fabriquent l'essentiel des téléphones du monde : la Corée du Sud, les États-Unis et la Chine.
Samsung et Apple se partagent le haut du marché, les Chinois Xiaomi et Transsion couvrent l'entrée et le milieu de gamme — Transsion, inconnu en Europe, est le premier vendeur du continent africain avec ses marques Tecno, Infinix et itel.
Les lignes Fabrication racontent une seconde histoire : l'assemblage quitte progressivement la Chine pour le Vietnam et l'Inde, mais reste entièrement asiatique. Et quel que soit le constructeur, le système est américain : Android partout, iOS chez Apple. Google occupe d'ailleurs une double position singulière — fabricant des Pixel et éditeur du système de tous ses concurrents.
L'Europe n'a plus de géant du téléphone depuis la chute de Nokia — mais elle n'a pas disparu.
Trois acteurs occupent des positions choisies : le Finlandais HMD, héritier de Nokia et seul généraliste européen, qui assemble en Hongrie son offre sécurisée ; le Néerlandais Fairphone, pionnier du téléphone réparable et des matériaux tracés ; le Français Crosscall, spécialiste du terrain et des forces de sécurité, engagé dans une relocalisation partielle à Aix-en-Provence.
Leur point commun : ne pas affronter les géants sur le volume, mais sur ce que les géants ne font pas — durer, se réparer, résister, se passer de Google. Le Fairphone compatible /e/OS, système français dégooglisé, montre qu'une chaîne presque entièrement européenne, du matériel au logiciel, est déjà possible.
- Pays
- États-Unis
- Création
- 1976
- Activité
- Conception (assemblage sous-traité)
- Système
- iOS (propriétaire, fermé)
- Puces
- Apple Silicon, gravées par TSMC 🇹🇼
- Fabrication
- 🇨🇳 🇮🇳 Foxconn et sous-traitants
- Pays
- États-Unis
- Création
- 2016 (gamme Pixel)
- Activité
- Conception (et éditeur d'Android)
- Système
- Android « pur »
- Marchés
- Haut de gamme · Vitrine de l'IA Google
- Fabrication
- 🇻🇳 🇮🇳 sous-traitance
- Pays
- Corée du Sud
- Création
- 1969
- Activité
- Conception + fabrication intégrée
- Système
- Android (One UI)
- Marchés
- Grand public · Entreprise · Durci
- Fabrication
- 🇻🇳 🇮🇳 🇰🇷 usines propres
- Pays
- Chine
- Création
- 2006
- Activité
- Conception (marques Tecno, Infinix, itel)
- Système
- Android
- Marchés
- Leader en Afrique · Asie du Sud
- Fabrication
- 🇨🇳 🇪🇹 🇮🇳 usines et assemblage local
- Pays
- Chine
- Création
- 2010
- Activité
- Conception + écosystème d'objets connectés
- Système
- Android (HyperOS)
- Marchés
- Entrée et milieu de gamme mondial
- Fabrication
- 🇨🇳 🇮🇳 sous-traitance
- Pays
- France (Aix-en-Provence)
- Création
- 2009
- Activité
- Conception de smartphones durcis
- Système
- Android
- Marchés
- Terrain · Sécurité-secours · Défense
- Fabrication
- Asie, relocalisation partielle 🇫🇷 engagée
- Pays
- Pays-Bas
- Création
- 2013
- Activité
- Conception, téléphone réparable et équitable
- Système
- Android · compatible /e/OS 🇫🇷
- Marchés
- Grand public engagé · Entreprises
- Fabrication
- 🇨🇳 sous-traitance, matériaux tracés
- Pays
- Finlande
- Création
- 2016 (ex-licence Nokia)
- Activité
- Conception, seul acteur européen généraliste
- Système
- Android
- Marchés
- Entrée de gamme · Professionnels · Sécurisé
- Fabrication
- Sous-traitance Asie, assemblage 🇭🇺 pour l'offre sécurisée
Un objet connecté n'est jamais vendu seul : il vient avec le cloud de son fabricant.
C'est la différence fondamentale avec un ordinateur ou un téléphone. L'enceinte, la caméra ou le thermostat ne font presque rien par eux-même : chaque commande vocale, chaque image, chaque relevé transite par les serveurs du constructeur avant de revenir dans l'application. Acheter l'objet, c'est s'abonner de fait à son écosystème — Alexa et AWS chez Amazon, le compte Google chez Nest, Mi Home chez Xiaomi...
Cette architecture a une conséquence directe : l'objet ne vit que tant que le service vit. Si le fabricant ferme ses serveurs, change ses conditions ou rend l'abonnement payant, l'appareil pourtant en parfait état perd tout ou partie de ses fonctions — des sonnettes, enceintes et systèmes domotiques entiers ont déjà connu ce sort.
La question « où partent les données ? » se pose donc appareil par appareil, et les fiches ci-dessous y répondent : selon le fabricant, la réponse est un serveur américain, chinois, ou hébergé en Europe.
Sur ce segment, contrairement aux téléphones et aux ordinateurs, l'Europe a de vrais champions.
Signify, n°1 mondial de l'éclairage, Somfy et ses usines de Haute-Savoie, Bosch, premier fabricant mondial des capteurs qui équipent tous ces objets, Netatmo et son cloud hébergé en Europe : une maison européenne connectée est possible.
Le cas Hikvision rappelle l'autre versant : quand l'objet est une caméra et son fabricant un acteur sous contrôle public étranger, il devient un sujet de sécurité nationale — au point d'être banni des marchés publics américains et britanniques. Entre le choix du fournisseur, l'interopérabilité et l'hébergement des données, l'objet connecté est le terrain où le consommateur a le plus de prise.
- Pays
- États-Unis
- Produits
- Enceintes Echo · caméras Ring · sonnettes
- Assistant
- Alexa
- Cloud
- AWS (obligatoire au fonctionnement)
- Marchés
- Maison connectée grand public
- Fabrication
- 🇨🇳 sous-traitance
- Pays
- États-Unis
- Produits
- Nest : enceintes, thermostats, caméras
- Assistant
- Google Assistant / Gemini
- Cloud
- Google Cloud, compte Google requis
- Marchés
- Maison connectée · Énergie
- Fabrication
- 🇨🇳 🇻🇳 sous-traitance
- Pays
- Chine (actionnariat public)
- Produits
- N°1 mondial de la vidéosurveillance
- Marchés
- Villes · Entreprises · Particuliers
- Statut
- Banni des marchés publics 🇺🇸 🇬🇧, débattu en Europe
- Fabrication
- 🇨🇳 usines propres
- Pays
- Chine
- Produits
- Le plus vaste catalogue mondial : capteurs, caméras, électroménager
- Écosystème
- Mi Home / HyperOS Connect
- Cloud
- Serveurs 🇨🇳, instances 🇪🇺 pour l'Europe
- Marchés
- Entrée de gamme mondial
- Fabrication
- 🇨🇳 écosystème de sous-traitants
- Pays
- Allemagne
- Produits
- Maison connectée, capteurs, IoT industriel
- Particularité
- Premier fabricant mondial de capteurs MEMS
- Marchés
- Industrie · Automobile · Domestique
- Fabrication
- 🇩🇪 🇪🇺 🌏 usines propres
- Pays
- France (filiale de Legrand 🇫🇷)
- Produits
- Stations météo, thermostats, caméras
- Cloud
- Hébergement en Europe
- Marchés
- Maison connectée haut de gamme
- Fabrication
- 🇨🇳 sous-traitance, conception 🇫🇷
- Pays
- Pays-Bas (ex-Philips Lighting)
- Produits
- Éclairage connecté Philips Hue · WiZ
- Marchés
- N°1 mondial de l'éclairage
- Interopérabilité
- Zigbee · Matter
- Fabrication
- 🇨🇳 🇪🇺 sites propres et sous-traitance
- Pays
- France (Cluses, Haute-Savoie)
- Produits
- Volets, portails et alarmes connectés
- Écosystème
- TaHoma, protocole io-homecontrol
- Marchés
- Leader européen de la domotique du bâtiment
- Fabrication
- 🇫🇷 🇹🇳 🇵🇱 usines propres
Sous chaque usage numérique, il y a un terminal : smartphone, PC, portable, objet connecté. Leur origine, leurs systèmes et leurs services sont des questions de souveraineté autant que de confort.
Android et iOS sur mobile, Windows et macOS sur poste de travail, le cloud du fabricant pour les objets connectés : à chaque famille de terminaux son duopole, et aucun acteur européen. À chaque renouvellement d'appareil, la dépendance se reconduit.
Des milliards d'objets peu ou jamais mis à jour, livrés avec des mots de passe d'usine, forment une surface d'attaque mondiale : le botnet Mirai en a enrôlé des centaines de milliers pour lancer des attaques massives. Côté smartphones, le logiciel espion Pegasus a montré que l'appareil de n'importe quel dirigeant ou journaliste pouvait devenir un mouchard.
En 2019, une décision de Washington a privé Huawei de la licence Android et des services Google : du jour au lendemain, un des premiers vendeurs mondiaux de smartphones a vu ses appareils amputés hors de Chine. Le terminal aussi est devenu une arme économique.
Au-delà de l'appareil, c'est l'environnement qui attache : compte obligatoire, boutique d'applications, achats, sauvegardes, synchronisation entre appareils. Changer de système se paie en applications perdues et en données à migrer — beaucoup renoncent, et la dépendance s'installe pour un cycle de plus.
La fin des mises à jour condamne des appareils fonctionnels — la fin de Windows 10 en a fait la démonstration à l'échelle de millions de PC — et un objet connecté meurt avec le serveur de son fabricant. Prolonger la vie des terminaux (réparabilité, pièces détachées, systèmes légers ou libres) réduit à la fois l'empreinte environnementale et la dépendance : souveraineté et sobriété convergent.
Sans champion des systèmes d'exploitation, l'Europe a des atouts : des constructeurs comme Fairphone ou Crosscall, des systèmes libres ou dégooglisés (/e/OS-Murena, Linux sur PC), l'indice de réparabilité né en France, et un marché assez puissant pour imposer ses règles — le chargeur USB-C l'a prouvé face à Apple.
Un exempleRussie 2022 : quand le support disparaît du jour au lendemain
Au printemps 2022, à la suite de l'invasion de l'Ukraine, les grands équipementiers américains et européens — Cisco, Dell, HPE, IBM, Ericsson, Nokia entre autres — ont suspendu puis cessé leurs activités en Russie.
Les machines déjà installées ont continué de tourner, mais sans mises à jour de sécurité, sans support, sans pièces détachées ni extension de garantie. Les licences et services activés à distance ont pu être coupés depuis l'étranger. Les opérateurs russes se sont retrouvés à cannibaliser des équipements pour en maintenir d'autres, ou à s'approvisionner par des circuits parallèles, sans garantie d'authenticité du matériel.
Peu importe ici le jugement porté sur ces sanctions : l'épisode démontre qu'un parc de serveurs et de baies de stockage dépend en permanence de décisions prises au siège de ses fournisseurs. Ce qui a été fait là peut, techniquement, l'être ailleurs — c'est précisément ce que mesure la souveraineté matérielle.
Les réponses européenne, française et par le logiciel libre et le matériel libre
Chargeur universel USB-C, indice de réparabilité, droit à la réparation, Cyber Resilience Act pour les objets connectés : sur les terminaux, l'Europe agit d'abord par la règle. Retrouvez dans une page dédiée les initiatives qui redonnent prise sur nos appareils.
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