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Obsolescence

Sources d'obsolescence
Obsolescence logicielle déclenchée

Les entraves à la poursuite du fonctionnement des systèmes numériques sont nombreuses. La première est l'obsolescence matérielle. Elle peut prendre la forme du choix de composants à faible durée de vie lors de la fabrication d'un matériel, ou bien du choix d'architectures et de procédés de fabrication nuisant à la réparabilité (par exemple, soudure plastique au lieu de vissage). Il s'agit d'une question maintenant bien identifiée au niveau des acteurs du numérique responsable et des pouvoirs publics, qui cherchent à peser sur le marché en produisant des indicateurs de réparabilité et en imposant des valeurs minimales pour les achats à venir, par exemple.

La seconde est l'obsolescence logicielle. Cette dernière est actuellement trop peu prise en compte dans les politiques « numérique responsable », voire pas du tout.

Or, ses effets sur la mise au rebut des matériels sont considérables.

L'obsolescence programmée peut également être une « obsolescence déclenchée ». On désigne ainsi le fait que l'obsolescence advienne brutalement, par la décision d'un tiers, comme lors de l'arrêt de serveurs alimentant des terminaux : ceux-ci sont rendus irrémédiablement inutilisables.

C'est notamment le cas des services attachés aux consoles de jeu ou, récemment, du déclenchement à distance par Apple d'un mécanisme rendant inopérants tous les appareils vendus en Russie et dont les composants de remplacement ont été considérés par cette société comme « non authentiques ». Cet exemple illustre l'usage de techniques de marquage des composants par des éléments codés permettant d'en tracer individuellement la provenance. Cette pratique permet également d'entraver la commercialisation de composants compatibles, la copie conforme de ces éléments, nécessaire à leur acceptation par le système, étant poursuivie en tant que violation du droit d'auteur de l'entreprise sur cette forme (ce détournement du droit d'auteur est appelé « para-copyright » dans la littérature).

L'obsolescence déclenchée constitue un risque écologique et stratégique majeur pour les organisations, car elle n'est pas prévisible et constitue un risque grave d'atteinte à la maîtrise des systèmes d'information, portant de ce fait des enjeux de souveraineté numérique.

Obsolescence logicielle programmée
Lutter contre l’obsolescence programmée​

Dans la majorité des cas, c'est la fin du support d'un logiciel qui signe l'arrêt de mort d'un système.

L'obsolescence logicielle est majoritairement une « obsolescence programmée » : si, dans quelques cas, l'introduction d'algorithmes plus complexes ou de modèles plus gourmands nécessite d'acquérir immédiatement un matériel plus puissant, c'est le plus souvent la décision de l'éditeur ou de l'intégrateur d'arrêter le support qui condamne le système. Cette mort peut prendre deux formes :

Mort lente

Perte progressive de compatibilité avec les systèmes environnants, et gêne croissante à l'usage — par exemple lorsque l'absence de support des nouveaux formats de fichiers oblige à des conversions permanentes vers les anciennes versions.

Mort brutale

Fin de compatibilité soudaine lors d'une montée en version des logiciels environnants — ou découverte d'une vulnérabilité dans une version non maintenue, qui impose de déconnecter immédiatement le système.

Pour éviter cette situation et réduire la surface d'attaque, les systèmes sont donc majoritairement retirés du service et remplacés dès que la maintenance de leurs logiciels n'est plus assurée.

Et le support longue durée ?

L'existence d'une offre commerciale de support de longue durée (LTS, « long-term support ») ne suffit pas à résoudre le problème : ces offres sont en général elles aussi limitées dans le temps, et renchérissent le coût des systèmes par rapport à leur remplacement.

L'obsolescence programmée est évitable : elle résulte du contrôle excessif des éditeurs sur leurs logiciels, pas d'une fatalité technique.

Ce déséquilibre prive les usagers de la « jouissance paisible » de leurs systèmes et illustre l'aphorisme de Lawrence Lessig, « Code is law » : ce qu'un tiers a programmé s'impose comme une loi à laquelle on ne peut déroger.

Le phénomène est avéré et coûteux, mais non mesuré — notamment sur les terminaux mobiles, où le renouvellement très (trop) rapide le masque : les usagers changent de matériel bien avant la fin du support. Seuls ceux qui veulent faire durer leurs équipements au-delà de cinq à sept ans s'y heurtent, quand leur système d'exploitation abandonné bloque peu à peu l'installation des applications.

Le levier existe pourtant, et il est documenté :

−30 à −50 %

de déchets électroniques en étendant la durée de vie des équipements grâce à des systèmes moins gourmands comme Linux — soit 2 à 4 ans de vie gagnés par terminal (rapport ADEME).

−15 à −20 %

d'énergie consommée, à tâches égales, par un système Linux comparé à Microsoft Windows (étude comparative des systèmes d'exploitation).

L'objection du « parc minoritaire » s'effrite

On rejette souvent Linux au motif qu'il n'offrirait pas l'éventail applicatif de Windows. C'est de moins en moins vrai : des émulateurs exécutent déjà les applications Windows sous Linux, et surtout la percée fulgurante de Linux en Inde — 15 % des stations de travail mi-2024, dans un pays de 1,7 milliard d'habitants — est de nature à pousser les éditeurs à porter nativement leurs logiciels sur cette plate-forme à court terme.